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    Historique sur AVIGNON, cité des Papes

Le Palais des Papes

Clément V, premier pape d’Avignon, croyant que le séjour de la papauté sur les bords du Rhône ne serait que temporaire, établit ses quartiers dans le vaste couvent des Prêcheurs. Il n’en fut pas de même pour ses successeurs immédiats.

Lorsqu’il fut élu en 1316, Jean XXII connaissait déjà fort bien cette ville, dont il avait occupé l’évêché quelques années auparavant. Ce fut donc son ancien palais épiscopal qu’il retint pour résidence. Il s’y installa cependant en pontife, réaménageant les anciens appartements de l’évêque en les agrandissant, et en faisant redécorer le nouvel ensemble.

Jean XXII fit transformer l’ancienne église paroissiale, Saint-Etienne, située sur le flanc sud de la cathédrale Notre-Dame-des-Doms, en chapelle pontificale. Là devaient se dérouler les cérémonies liturgiques majeures de la Curie. Jean XXII fit encore ériger, en 1319, cette fois-ci au sud de son palais, une salle d’audience destinée à abriter les réunions du tribunal de l’audience des causes apostoliques.

Construction du Palais : 1334-1342

Jean XXII mourut en 1334 et Benoît XII, ancien moine cistercien, lui succéda. Il entreprit dès la première année de son pontificat d’importants travaux dont il confia la réalisation à un maître d’œuvre de ses compatriotes, Pierre Poisson. Ceux-ci débutèrent par l’édification d’une grande tour, puissamment fortifiée et renfermant les biens et personnes les plus précieux de la cour. Cette haute tour fut implantée au sud de l’ancien palais épiscopal, dans lequel Benoît XXII s’était à son tour installé.

Simultanément, Benoît XII fit ériger une nouvelle grande chapelle à deux niveaux superposés. Pierre Poisson poursuivit ensuite, et à un rythme rapide, les travaux en direction du nord (ailes des appartements privés et tour de l’Etude en 1337-1338) Il fit progressivement détruire chacune des ailes de l’ancien palais pour édifier une nouvelle construction, se calquant vraisemblablement sur l’organisation préexistante des espaces. A l’est, les espaces dévolus à la vie officielle (Consistoire et Tinel), à l’ouest les logements des Familiers, au sud, le vaste appartement des hôtes (où séjournèrent rois de France et empereur).

Chacun de ces corps de bâtiments était réparti autour d’une cour. Enfin, un puissant rempart vint renforcer tout le côté méridional et oriental de ce palais, englobant un jardin que Benoît XXII se plut à faire aménager et où il fit probablement installer la ménagerie léguée par son prédécesseur.

Le Palais de Clément VI à Grégoire XI

Le schéma de ce premier palais était destiné à perdurer au sein de l’édifice remodelé par Clément VI à compter de 1342, année de son élection. Ce pape tint à doubler la superficie du bâtiment et à renouveler complètement la décoration picturale.

Il commença par développer la superficie de ses appartements privés, par la construction de la tour dite de la Garde-Robe, accolée au mur sud de la tour du Pape. Puis il confia la réalisation du Nouvel Œuvre s’étendant au sud et à l’ouest de cet ensemble à Jean de Louvres, maître d’œuvre originaire de la région parisienne avec qui il entretint d’étroites relations.

L’aile méridionale, composée d’une Grande Audience et d’une Grande Chapelle superposées, fut entreprise dès 1345. Elle marque bien la volonté du pontife de faire réaliser un programme architectural de très grande ampleur, nanti de larges et solennels volumes, parés de multiples sculptures d’inspiration végétale ou animale pour la plupart, tranchant avec les espaces dus à Benoît XII qui en étaient totalement dépourvus. Dans un même élan, fut érigée l’aile occidentale des Grands Dignitaires, destinée au logement et au travail de ces personnes éminentes au sein de la Curie.

Les jardins, où il fit bâtir une superbe fontaine, retinrent eux aussi son attention.

A la mort de Clément VI, en 1352, le palais avait pratiquement déjà la physionomie que nous lui connaissons aujourd’hui. Les pontifes qui lui succédèrent, poursuivirent son embellissement. Innocent VI acheva les travaux entrepris par son prédécesseur, telles les tours Saint-Laurent et de la Gâche (1353-1358), et réalisa un certain nombre d’améliorations portant sur les circulations, comme le pont aujourd’hui détruit et qui portait son nom.

Urbain V, élu en 1362, déjà préoccupé par le projet de retourner en Italie, se contenta de créer la fameuse galerie appelée Roma, dans le jardin supérieur. C’est dans le même esprit que Grégoire XI, élu en 1370, aborda son règne. Il ne fit effectuer dans son palais d’Avignon que de simples travaux d’entretien, plus soucieux de réaliser un projet si souvent caressé : le retour de la papauté à Rome, en 1376.

Distribution intérieure et décor

Telles furent les grandes étapes de la construction de cet édifice au XIVe s., dont la majeure partie fut dressée en moins de vingt ans à un rythme très rapide, bénéficiant d’un financement exceptionnel qui pesa lourd sur le trésor de l’Eglise. Chacune des dépenses effectuées pour l’achat de matériaux de construction, d’engins, d’échafaudages, pour le paiement des employés (du simple manœuvre payé à la journée aux maîtres d’œuvre et aux peintres appointés) fut enregistrée dans les registres des comptes de la Chambre apostolique, maintenant conservés aux archives secrètes du Vatican à Rome.

C’est cet inestimable trésor qui a permis d’écrire l’histoire de ce palais. Si les murs et une partie de leurs décors demeurent, il est plus difficile de se faire une idée des ornements mobiliers ainsi que de l’activité qui régnait en ce lieu. Impossible, également de dénombrer combien de membres de la Curie travaillaient quotidiennement au palais ou y vivaient.

La seule certitude est que l’activité y était foisonnante : réceptions d’hôtes de marque venus rendre visite au pape à qui l’on remettait les clefs d’un confortable appartement, grandes cérémonies religieuses, travaux administratifs dans les innombrables bureaux où s’affairaient scribes et notaires, écritures comptables et réceptions des collecteurs d’impôts venus des confins de la Chrétienté, etc.

Ce palais, répondant aux multiples besoins de l’un des plus grands princes de son temps, était tout à la fois résidence, lieu de culte, forteresse et " cité administrative " . La valeur démonstrative de ce palais était fondamentale. Un somptueux décor devait rehausser l’éclat et le prestige des actions du pontife en ces murs. Tous étaient revêtus d’enduits colorés, de peintures géométriques, voire de subtils et foisonnants programmes iconographiques.

La majeure partie du décor peint conservé fut commandé par Clément VI. Ce dernier eut à cœur de définir, en étroite relation avec son peintre officiel, Matteo Giovannetti, de grands ensembles témoignant par leurs fastes de la grandeur de l’Eglise, des liens rapprochant Avignon de Rome (chapelle Saint-Martial et chapelle Saint-Jean), soulignant la fonction de telle salle (Consistoire et Grande Audience) ou incitant à une délectation sereine et cultivée de la nature (chambre du Cerf).

Fort de la confiance du pape, maîtrisant parfaitement la technique de la fresque (peinture sur un enduit frais) et libéré par la distance du poids de l’influence de ses maîtres, Giovannetti sut élaborer un langage éblouissant et très personnel, où le sens du portrait (très innovant pour son temps), la virtuosité de ses architectures feintes et le sens de la solennité lui permirent de composer les remarquables ensembles consacrés à Saint-Jean, Saint-Martial et aux prophètes.

Il n’oeuvra pas seul mais entouré d’un atelier, tandis qu’en d’autres lieux des peintres français travaillèrent quelques années plus tôt. Ce fut déjà le cas sous le pontificat de Benoît XII, dans la chambre du Pape, où l’on composa un décor imitant une pergola sur fond de ciel bleu, laissant à des artistes italiens le soin de réaliser les fausses et gracieuses arcatures trilobées des fenêtres, auxquelles pendent d’irréelles cages à oiseaux.

Dans ses nouveaux appartements, Clément VI commanda un décor naturaliste inédit à des peintres demeurés inconnus, qui représentèrent avec beaucoup de réalisme une sombre forêt et les multiples modes de chasser et pêcher, si souvent et minutieusement décrits par les traités de vénerie. Cet important décor peint, malgré les irréparables pertes subies au fil des siècles, constitue un panorama unique en France de la peinture au milieu du XIVe siècle. Ce goût de la couleur se retrouve également dans les carrelages à décor dit " vert et brun ", encore visibles dans le studium (bureau) de Benoît XII et reproduits dans les chambres.

Il était aussi très présent dans les tapisseries vertes ponctuées de roses rouges, dans les tapis assortis, les tentures de soieries de couleur importées d’Italie, ou les draps d’or. Chaque réunion ou cérémonie était précédée du passage du fourrier ornant murs et cathèdres, donnant un cadre coloré à l’emplacement où se tiendrait le pape.

La visite du palais commence par la porte des Champeaux, entrée principale dès le pontificat de Clément VI. Après avoir traversé la salle des Gardes (actuelle billetterie) puis la salle de la Petite Audience, où siégeait le tribunal des causes contredites (aujourd’hui lieu de remise de l’audio-guide de visite), on accède à la Cour d’honneur, ouverte par trois portes (des Champeaux, de la Peyrolerie et Notre-Dame).

Les ailes est et nord manifestent la simplicité du Palais Vieux de Benoît XII, tandis que celles de l’ouest et du sud, plus largement percées de fenêtres ornées de sculptures ou de moulures saillantes témoignent du goût de Clément VI et de son maître d’œuvre Jean de Louvres. A l’est de la cour, une petite porte donne accès à la Grande Trésorerie du Palais Vieux où se tenaient les services financiers – aujourd’hui, elle abrite une partie du musée du vieil Avignon (l’autre se trouvant dans la salle de Jésus). Le Trésor Bas est contigu au sud ; dans ses coffres souterrains, il abritait pièces de monnaie, objets d’orfèvrerie, etc.

En empruntant l’escalier intérieur de la Grande Trésorerie, on parvient à la salle de Jésus, sorte d’antichambre où les cardinaux attendaient le pape avant d’entrer en consistoire, puis, plus au sud, à la chambre du Camérier, le plus proche collaborateur de Benoît XII, dont l’appartement révèle une stratigraphie complexe de décors peints muraux. Le Revestiaire pontifical servait au pape à revêtir ses ornements consistoriaux, avant de faire son entrée au Consistoire. Celui-ci se situe au rez-de-chaussée de l’aile orientale éponyme, dévolue à la vie officielle de la Curie. Lieu de réunion, lieu de réception des ambassadeurs et des légats, cette salle abrite les déposes des fresques de Simone Martini provenant du porche de la cathédrale Notre-Dame-des-Doms. Elle donne accès, à l’est, à la chapelle peinte par Matteo Giovannetti.

On parvient ensuite à la cour du Cloître, qui constitue le cœur du Palais Vieux. Au nord, se dresse la Grande Chapelle de Benoît XII, à l’ouest l’aile des Familiers et au sud l’aile dite du Conclave (avec l’appartement des hôtes), espaces fermés à la visite. En empruntant l’escalier du cloître, on parvient au Tinel, salle de réception, où se tenaient les festins pontificaux. Au nord, elle est bordée par les cuisines. C’est là également que se tinrent les conclaves. A l’est, une porte donne accès à la chapelle Saint-Martial, où Matteo Giovannetti raconta en images la vie de ce saint évangélisateur du Limousin. Au sud, la chambre de Parement dessine une enfilade progressant des espaces publics vers les espaces privés. Cette antichambre servait à des audiences plus réduites, des huissiers y montaient en permanence la garde devant la chambre du pontife.

Une porte vitrée laisse découvrir le studium de Benoît XII, seul espace ayant conservé son sol du XIVe siècle. On accède ensuite au cœur des appartements pontificaux, avec la chambre de Benoît XII, située au-dessus des jardins, puis celle de Clément VI, dont le remarquable plafond peint date de 1343. Il faut ensuite traverser le passage de la Peyrolerie, qui a perdu sa disposition d’origine et ses multiples volées d’escalier, pour arriver dans la sacristie nord de la Chapelle clémentine. On y découvre une collection de moulages évoquant des souvenirs de l’époque pontificale et des personnalités ayant entretenu des liens avec Avignon.

Franchissant la porte du pape, on pénètre dans l’immense et unique vaisseau de la Chapelle clémentine, desservie au sud par le Revestiaire des cardinaux. A l’autre extrémité de la chapelle, une porte créée au XVIIe siècle permet de pénétrer directement dans l’aile des Grands Dignitaires, en commencant par la chambre du Camérier puis celle des Notaires. Un escalier contemporain conduit jusqu’à la terrasse, proposant un extraordinaire panorama sur la ville et ses environs.

En redescendant, on passe devant le portail de la Grande Chapelle, sur la loggia ouverte par la fameuse baie de l’Indulgence à laquelle le pape apaisait à la foule des fidèles rassemblée dans la Cour d’honneur. Le Grand Escalier, spacieux et lumineux, descend vers cette cour. Son palier donne accès à la très solennelle salle de la Grande Audience, qui abritait le tribunal des causes apostoliques et qui offre au regard la fameuse fresque des Prophètes haut placée sur un voûtain à l’est de la salle, juste au-dessus de l’endroit où siégeaient les juges.

La fin du parcours permet de traverser les salles de l’Artillerie et celle de l’Ecole de théologie. Mais, ainsi parcouru, le Palais des Papes n’aura révélé que quarante pour cent de sa superficie. Après avoir été résidence papale, le palis connut diverses affectations. Transformé en palais de la vice-légation aux XVIIe et XVIIIe siècles, il fut aménagé en caserne au XIXe siècle. Aujourd’hui, il abrite également le musée du Vieil Avignon et du Comtat Venaissin, les archives départementales de Vaucluse, ainsi que le Centre international de congrès.

Le pont Saint-Benézet

L’examen des textes, y compris des récits légendaires, et les études archéologiques ont permis de retracer, petit à petit, l’histoire d’un pont fameux depuis ses origines. Les quatre arches et la chapelle que l’on peut voir actuellement sous les vestiges d’un pont qui comportait 22 arches, mesurait plus de 900 mètres, et qui connut bien des vicissitudes.

Il est vraisemblable qu’à l’origine, un pont, dont le souvenir s’est perdu, avait été construit à l’époque romaine. En 1177, la base des piles antiques servait d’assise à de nouvelles piles de pierre surmontées d’un tablier de bois. La construction du nouveau pont fut rapide, puisqu’en janvier 1186 on établissait les droits à percevoir sur les marchandises en le traversant.

Pour une ville en plein essor, l’utilité économique d’un pont - le seul, à cette époque, qui existait sur le Rhône, entre Lyon et la mer - était évidente. C’est cependant une préoccupation pieuse qui anima la confrérie de l’œuvre du Pont et son fondateur Bénezet, pour le lancement de cette entreprise : celle-ci comprenait, outre la construction du pont, l’établissement d’une église avec un cimetière et d’un hospice. C’est le grand mérite de Bénezet d’avoir su, malgré ses origines modestes, susciter des dons abondants et gérer les débuts d’une petite communauté de laïcs charitables qui devait continuer à subsister tant bien que mal après sa mort (1184) et jusqu’à la fin du XIVe siècle.

Cependant, dès la fin du XIIIe siècle, la ville avait pris en charge la gestion de l’édifice, le service religieux fut assuré par l’église Saint-Agricol en 1321, et l’hôpital, dont les bâtiments furent détruits en 1398, avait été remplacé, dès 1370, par un hôpital voisin absorbé par l’œuvre du Pont qui fonctionna jusqu’en 1796. Le pont de Bénezet fut complété par la construction d’une chapelle sur une des piles où Bénezet a été enseveli.

Lors du siège d’Avignon par les troupes du roi Louis VIII, en 1226, le pont fut démoli en des circonstances et dans des proportions que nous ne connaissons pas. Les travaux, vite entrepris, aboutirent à un pont de pierre dont le tablier était nettement plus élevé que celui du précédent. On construisit donc, au-dessus de la chapelle Saint-Bénezet, une chapelle Saint-Nicolas pour la confrérie des Nautoniers. Cette chapelle fut encore agrandie au début du XVIe siècle.

Le pont lui-même, en butte aux crues violentes du Rhône, souffrit constamment de dégâts et fut remanié et réparé à grands frais jusqu’en 1668. Puis on renonça à le réparer ; ses arches disparurent progressivement. En 1674, le corps de Saint-Bénezet fut transféré au couvent des Célestins. Ce qui reste de ses reliques, profanées et dispersées pendant la Révolution, a été transféré dans l’église Saint-Didier en 1854.

Si l’histoire du pont est maintenant à peu près établie, il n’en reste pas moins que la légende de Bénezet ne peut en être dissociée. C’est au milieu du XIIIe siècle que la légende de Bénezet se fixe et se répand grâce aux quêteurs de l’œuvre du Pont qui la lisaient en chaire en vue d’obtenir des fonds. Selon ces récits, Bénezet, jeune berger originaire de l’Ardèche, entendit en 1177 la voix du Christ lui ordonnant d’aller construire un pont sur le Rhône.

Guidé par un ange, il arriva sur la rive droite du Rhône que lui fit traverser un batelier à qui il donna les trois dernières pièces de monnaie qu’il possédait. Bénezet annonça alors sa mission à l’évêque d’Avignon qui le prit pour un simple d’esprit et l’envoya vers le juge. Celui-ci, pour le mettre à l’épreuve, lui désigna une énorme pierre, déclarant que s’il était capable de la porter, il le croyait capable de construire le pont. Bénezet souleva la pierre et la déposa dans le fleuve au départ du futur pont. Aussitôt, les aumônes affluèrent et sa construction fut décidée. Bien qu’il n’y eut jamais officiellement de canonisation, Bénezet fut qualifié de saint dès le début du XIIIe siècle et son culte se répandit, son iconographie le représentant le plus souvent avec la pierre sur l’épaule.

La célèbre chanson Sur le pont d’Avignon… dont on ne connaît pas l’origine, a été popularisée par Adolphe Adam qui en a remis la mélodie à l’honneur dans son opérette Le Sourd ou l’Auberge pleine en 1853

 

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