Chacun de ces corps de bâtiments
était réparti autour
d’une cour. Enfin, un puissant
rempart
vint renforcer tout le côté méridional et oriental de ce palais,
englobant un jardin
que Benoît XXII se plut à faire
aménager et où il fit probablement installer la ménagerie léguée par son
prédécesseur.
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Le Palais de Clément VI à
Grégoire XI
Le schéma
de ce premier palais était destiné à perdurer au sein de
l’édifice remodelé par Clément VI
à compter de 1342, année de son élection. Ce pape tint
à doubler la superficie du bâtiment et à
renouveler complètement la décoration picturale.
Il commença
par développer la superficie de ses appartements privés, par la
construction de la tour dite
de la Garde-Robe,
accolée au mur sud de la tour du Pape. Puis il confia la
réalisation du Nouvel Œuvre s’étendant au sud et à l’ouest de
cet ensemble à Jean de Louvres,
maître d’œuvre originaire de la région parisienne avec qui il
entretint d’étroites relations.
L’aile méridionale,
composée d’une Grande Audience et d’une Grande Chapelle
superposées, fut entreprise dès 1345. Elle marque bien la
volonté du pontife de faire réaliser
un programme architectural de très grande ampleur,
nanti de larges et solennels volumes, parés de multiples
sculptures d’inspiration végétale ou animale pour la plupart,
tranchant avec les espaces dus à Benoît XII qui en étaient
totalement dépourvus. Dans un même élan, fut érigée
l’aile occidentale des Grands Dignitaires,
destinée au logement et au travail de ces personnes éminentes au
sein de la Curie.
Les jardins,
où il fit bâtir une superbe fontaine,
retinrent eux aussi son attention.
A la mort
de Clément VI, en 1352, le palais avait pratiquement déjà la
physionomie que nous lui connaissons aujourd’hui. Les pontifes
qui lui succédèrent, poursuivirent son embellissement. Innocent
VI acheva les travaux entrepris par son prédécesseur, telles
les tours Saint-Laurent et de la
Gâche
(1353-1358), et réalisa un certain nombre d’améliorations
portant sur les circulations, comme le pont aujourd’hui détruit
et qui portait son nom.
Urbain V,
élu en 1362, déjà préoccupé par le projet de retourner en
Italie, se contenta de créer la
fameuse galerie appelée Roma, dans
le jardin supérieur. C’est dans le même esprit que Grégoire XI,
élu en 1370, aborda son règne. Il ne fit effectuer dans son
palais d’Avignon que de simples travaux d’entretien, plus
soucieux de réaliser un projet si souvent caressé :
le retour de la
papauté à Rome, en 1376. |
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Distribution intérieure et décor
Telles furent
les grandes étapes de la construction de cet édifice au
XIVe s., dont la majeure partie fut dressée
en moins de vingt ans
à un rythme très rapide, bénéficiant d’un
financement exceptionnel
qui pesa lourd sur le trésor de l’Eglise. Chacune des dépenses
effectuées pour l’achat de matériaux de construction, d’engins,
d’échafaudages, pour le paiement des employés (du simple
manœuvre payé à la journée aux maîtres d’œuvre et aux peintres
appointés) fut enregistrée dans les registres des comptes de la
Chambre apostolique, maintenant conservés
aux archives secrètes du Vatican à Rome.
C’est
cet inestimable trésor
qui a permis d’écrire l’histoire de ce palais. Si les murs et
une partie de leurs décors demeurent, il est plus difficile de
se faire une idée des ornements mobiliers ainsi que de
l’activité qui régnait en ce lieu. Impossible, également de
dénombrer combien de membres de la Curie travaillaient
quotidiennement au palais ou y vivaient.
La seule certitude
est que l’activité y était
foisonnante :
réceptions d’hôtes de marque venus rendre visite au pape à qui
l’on remettait les clefs d’un confortable appartement, grandes
cérémonies religieuses, travaux administratifs dans les
innombrables bureaux où s’affairaient scribes et notaires,
écritures comptables et réceptions des collecteurs d’impôts
venus des confins de la Chrétienté, etc.
Ce palais,
répondant aux multiples besoins de l’un des plus grands princes
de son temps, était tout à la fois
résidence, lieu de culte, forteresse et " cité administrative "
. La valeur
démonstrative de ce palais était fondamentale. Un somptueux
décor devait rehausser l’éclat et le prestige des actions du
pontife en ces murs. Tous étaient revêtus d’enduits colorés, de
peintures géométriques, voire de subtils et foisonnants
programmes iconographiques.
La majeure partie
du décor peint conservé fut commandé par Clément VI. Ce dernier
eut à cœur de définir, en étroite relation avec son peintre
officiel, Matteo Giovannetti,
de grands ensembles témoignant par leurs fastes de la grandeur
de l’Eglise, des liens rapprochant Avignon de Rome (chapelle
Saint-Martial et chapelle Saint-Jean), soulignant la fonction de
telle salle (Consistoire et Grande Audience) ou incitant à une
délectation sereine et cultivée de la nature (chambre du Cerf).
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Fort de la
confiance du pape,
maîtrisant parfaitement la technique de la fresque (peinture sur
un enduit frais) et libéré par la distance du poids de
l’influence de ses maîtres, Giovannetti sut élaborer
un langage éblouissant et très personnel,
où le sens du portrait (très innovant pour son temps), la
virtuosité de ses architectures feintes et le sens de la
solennité lui permirent de composer les remarquables ensembles
consacrés à Saint-Jean, Saint-Martial
et aux prophètes.
Il n’oeuvra
pas seul mais entouré d’un atelier, tandis qu’en d’autres lieux
des peintres français travaillèrent quelques années plus tôt. Ce
fut déjà le cas sous le pontificat de Benoît XII, dans la
chambre du Pape, où l’on composa un décor imitant une
pergola sur fond de ciel bleu,
laissant à des artistes italiens le soin de réaliser les fausses
et gracieuses arcatures trilobées des fenêtres, auxquelles
pendent d’irréelles cages à oiseaux. |
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Dans ses nouveaux
appartements, Clément VI commanda un
décor naturaliste inédit à des
peintres demeurés inconnus, qui représentèrent avec beaucoup de
réalisme une sombre forêt et les
multiples modes de chasser et pêcher,
si souvent et minutieusement décrits par les traités de vénerie.
Cet important décor peint, malgré les irréparables pertes subies
au fil des siècles, constitue un
panorama unique en France de la peinture au milieu du XIVe
siècle. Ce
goût de la couleur se retrouve également dans les carrelages à
décor dit " vert et brun ", encore visibles dans le studium
(bureau) de Benoît XII et reproduits dans les chambres.
Il était aussi
très présent dans les tapisseries vertes ponctuées de roses
rouges, dans les tapis assortis, les tentures de soieries de
couleur importées d’Italie, ou les draps d’or. Chaque réunion ou
cérémonie était précédée du passage du fourrier ornant murs et
cathèdres, donnant un cadre coloré à l’emplacement où se
tiendrait le pape.
La visite
du palais commence par la porte des
Champeaux, entrée principale dès le
pontificat de Clément VI. Après avoir traversé
la salle des Gardes
(actuelle billetterie) puis la salle
de la Petite Audience, où siégeait
le tribunal des causes contredites (aujourd’hui lieu de remise
de l’audio-guide de visite), on accède à
la Cour d’honneur,
ouverte par trois portes (des Champeaux, de la Peyrolerie et
Notre-Dame).
Les ailes est et nord
manifestent
la simplicité du Palais Vieux de Benoît XII, tandis que celles
de l’ouest et du sud, plus largement percées de fenêtres ornées
de sculptures ou de moulures saillantes témoignent du goût de
Clément VI et de son maître d’œuvre Jean de Louvres.
A l’est de la cour, une petite
porte donne accès à la Grande
Trésorerie du Palais Vieux où se
tenaient les services financiers – aujourd’hui, elle abrite une
partie du musée du vieil Avignon (l’autre se trouvant dans la
salle de Jésus). Le Trésor Bas
est contigu au sud ;
dans ses coffres souterrains, il abritait pièces de monnaie,
objets d’orfèvrerie, etc.
En empruntant
l’escalier intérieur de la Grande Trésorerie, on parvient à
la salle de Jésus,
sorte d’antichambre où les cardinaux attendaient le pape avant
d’entrer en consistoire, puis, plus au sud, à
la chambre du Camérier,
le plus proche collaborateur de Benoît XII, dont l’appartement
révèle une stratigraphie complexe de décors peints muraux.
Le Revestiaire
pontifical servait au pape à revêtir ses ornements
consistoriaux, avant de faire son entrée au
Consistoire.
Celui-ci se situe au rez-de-chaussée de l’aile orientale
éponyme, dévolue à la vie officielle de la Curie. Lieu de
réunion, lieu de réception des ambassadeurs et des légats, cette
salle abrite les déposes des fresques de Simone Martini
provenant du porche de la cathédrale Notre-Dame-des-Doms. Elle
donne accès, à l’est, à la chapelle
peinte par Matteo Giovannetti. |
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On parvient
ensuite à la cour du Cloître,
qui constitue le cœur du Palais Vieux. Au nord, se dresse la
Grande Chapelle de Benoît XII, à
l’ouest l’aile des Familiers
et au sud l’aile dite du Conclave
(avec l’appartement des hôtes),
espaces fermés à la visite. En empruntant l’escalier du cloître,
on parvient au Tinel,
salle de réception, où se tenaient les festins pontificaux. Au
nord, elle est bordée par les
cuisines. C’est là également que se
tinrent les conclaves. A l’est, une porte donne accès à
la chapelle Saint-Martial,
où Matteo Giovannetti raconta en images la vie de ce saint
évangélisateur du Limousin. Au sud,
la chambre de Parement
dessine une enfilade progressant des espaces publics vers les
espaces privés. Cette antichambre servait à des audiences plus
réduites, des huissiers y montaient en permanence la garde
devant la chambre du pontife.
Une porte vitrée
laisse découvrir le studium de Benoît XII, seul espace ayant
conservé son sol du XIVe siècle. On accède ensuite au cœur des
appartements pontificaux,
avec la chambre de Benoît XII, située au-dessus des jardins,
puis celle de Clément VI, dont le remarquable plafond peint date
de 1343. Il faut ensuite traverser le
passage de la Peyrolerie,
qui a perdu sa disposition d’origine et ses multiples volées
d’escalier, pour arriver dans la sacristie nord de la Chapelle
clémentine. On y découvre une collection de moulages évoquant
des souvenirs de l’époque pontificale et des personnalités ayant
entretenu des liens avec Avignon.
Franchissant
la porte du pape, on pénètre dans l’immense et unique vaisseau
de la Chapelle clémentine, desservie au sud par le Revestiaire
des cardinaux. A l’autre extrémité de la chapelle, une porte
créée au
XVIIe siècle permet de pénétrer directement dans l’aile des
Grands Dignitaires, en commencant par la chambre du Camérier
puis celle des Notaires. Un escalier contemporain conduit
jusqu’à la terrasse, proposant un
extraordinaire panorama sur la ville et ses environs.
En redescendant,
on passe devant le portail de la
Grande Chapelle, sur la loggia
ouverte par la fameuse baie de l’Indulgence à laquelle le pape
apaisait à la foule des fidèles rassemblée dans la Cour
d’honneur. Le Grand Escalier,
spacieux et lumineux, descend vers cette cour. Son palier donne
accès à la très solennelle salle de la Grande Audience, qui
abritait le tribunal des causes apostoliques et qui offre au
regard la fameuse fresque des Prophètes haut placée sur un
voûtain à l’est de la salle, juste au-dessus de l’endroit où
siégeaient les juges. |
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La fin du parcours
permet de traverser les salles de
l’Artillerie et celle de l’Ecole de théologie.
Mais, ainsi parcouru, le Palais des Papes n’aura révélé que
quarante pour cent de sa superficie.
Après avoir été résidence papale, le palis connut diverses
affectations. Transformé en palais de la vice-légation
aux XVIIe et XVIIIe siècles, il fut aménagé en caserne au
XIXe siècle. Aujourd’hui, il abrite également le musée du
Vieil Avignon et du Comtat Venaissin, les archives
départementales de Vaucluse, ainsi que le Centre international
de congrès. |
Le pont Saint-Benézet
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L’examen
des textes, y compris des récits légendaires, et les études
archéologiques ont permis de retracer, petit à petit,
l’histoire d’un pont fameux
depuis ses origines. Les quatre
arches et la chapelle que l’on peut
voir actuellement sous les vestiges d’un pont qui comportait
22 arches,
mesurait plus de 900 mètres,
et qui connut bien des vicissitudes.
Il est vraisemblable
qu’à l’origine, un pont, dont le souvenir s’est perdu, avait été
construit à l’époque romaine. En 1177, la base des piles
antiques servait d’assise à de nouvelles piles de pierre
surmontées d’un tablier de bois.
La construction du nouveau pont
fut rapide, puisqu’en janvier 1186 on établissait les droits à
percevoir sur les marchandises en le traversant.
Pour une ville en
plein essor, l’utilité économique d’un pont - le seul, à cette
époque, qui existait sur le
Rhône, entre Lyon et la mer -
était évidente. C’est cependant une préoccupation pieuse qui
anima la confrérie de l’œuvre du Pont et son fondateur Bénezet,
pour le lancement de cette entreprise : celle-ci comprenait,
outre la construction du pont, l’établissement d’une église avec
un cimetière et d’un hospice. C’est le grand mérite de Bénezet
d’avoir su, malgré ses origines modestes, susciter des
dons abondants et gérer les débuts
d’une petite communauté de laïcs
charitables qui devait continuer à subsister tant bien que mal
après sa mort (1184) et jusqu’à la fin du XIVe siècle.
Cependant, dès la fin
du XIIIe siècle, la ville avait pris en charge
la gestion de l’édifice,
le service religieux fut assuré par
l’église Saint-Agricol en 1321, et
l’hôpital, dont les bâtiments furent détruits en 1398, avait été
remplacé, dès 1370, par un hôpital voisin absorbé par l’œuvre du
Pont qui fonctionna jusqu’en 1796. Le pont de Bénezet fut
complété par la construction d’une
chapelle sur
une des piles où Bénezet a été enseveli.
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Lors du siège
d’Avignon par les troupes du roi Louis VIII, en 1226,
le pont fut démoli en des
circonstances et dans des proportions que nous ne
connaissons pas. Les travaux, vite entrepris, aboutirent
à un pont de pierre dont le tablier était nettement
plus élevé que celui du
précédent. On construisit
donc, au-dessus de la chapelle Saint-Bénezet, une
chapelle Saint-Nicolas
pour la confrérie des Nautoniers. Cette chapelle fut
encore agrandie au début du
XVIe siècle.
Le pont
lui-même, en butte aux crues violentes du Rhône,
souffrit constamment de dégâts et fut remanié et réparé
à grands frais jusqu’en 1668. Puis on renonça à le
réparer ;
ses arches disparurent
progressivement.
En 1674, le corps de Saint-Bénezet fut transféré au
couvent des Célestins. Ce qui reste de ses reliques,
profanées et dispersées pendant la Révolution, a été
transféré dans l’église Saint-Didier en 1854.
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Si
l’histoire
du pont est maintenant à peu près établie, il
n’en reste pas moins que
la légende de Bénezet
ne peut en être dissociée. C’est au milieu du
XIIIe siècle que la légende de Bénezet se fixe
et se répand grâce aux quêteurs de l’œuvre du
Pont qui la lisaient en chaire en vue d’obtenir
des fonds. Selon ces récits, Bénezet, jeune
berger originaire de l’Ardèche, entendit en 1177
la voix du Christ lui ordonnant d’aller
construire un pont sur le Rhône.
Guidé
par un ange, il arriva sur la rive droite du
Rhône que lui fit traverser un batelier à qui il
donna les trois dernières pièces de monnaie
qu’il possédait. Bénezet annonça alors sa
mission à l’évêque d’Avignon qui le prit pour un
simple d’esprit et l’envoya vers le juge.
Celui-ci, pour le mettre à l’épreuve, lui
désigna une énorme pierre, déclarant que s’il
était capable de la porter, il le croyait
capable de construire le pont. Bénezet souleva
la pierre et la déposa dans le fleuve au départ
du futur pont. Aussitôt, les aumônes affluèrent
et sa construction fut décidée. Bien qu’il n’y
eut jamais officiellement de canonisation,
Bénezet fut qualifié de
saint
dès le début du XIIIe siècle et
son culte se répandit, son iconographie le
représentant le plus souvent avec la pierre sur
l’épaule.
La
célèbre
chanson
Sur
le pont d’Avignon…
dont on ne connaît pas l’origine, a été
popularisée par Adolphe Adam qui en a remis la
mélodie à l’honneur dans son opérette Le Sourd
ou l’Auberge pleine en 1853 |

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